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Réflexions à propos des mouvements de l'éveil

Le kikô comporte notamment une série de mouvements, connus sous le nom de mouvement du pendule, de l’oiseau, de la tortue, du dragon et de l’ours. Ce sont ce que j’appelle les mouvements de l’éveil.

De l’éveil ? Mais de quel éveil s’agit-il ? Et en quoi ces mouvements apparaissent-ils comme des briques fondamentales pour l’efficacité gestuelle? Voici quelques éléments de réflexion...

 

Une analyse ab initio du corps dans l’espace

 

L’espace dans lequel nous nous mouvons est à trois dimensions. Cela signifie que la description d’une position implique trois coordonnées et donc un repère à trois directions. Il en est de même pour les mouvements. Nous pouvons choisir arbitrairement trois directions (chaque direction comporte deux sens) : par exemple, haut-bas/avant-arrière/gauche-droite.

Haut-bas représente la direction de la gravité, dont l’importance est soulignée dans la posture de l’arbre. La gravité permet de définir un point équivalent du corps, le centre de gravité. Il est situé un peu en-dessous du niveau du nombril. Dès lors, il suffit de déplacer le centre de gravité pour mouvoir le corps entier.

Au-delà, toutes les forces qui s’exercent sur ou à travers le corps sont décrites dans ce système de trois directions, qui constitue une simplification extraordinaire par rapport à une représentation détaillée du moindre mouvement : angles des articulations, tensions musculaires, etc

 

NB1 : un déplacement selon une direction unique (et dans un sens donné) est une translation. La combinaison de deux translations conduit à une rotation dans le plan défini par les deux directions des translations (et un axe de rotation perpendiculaire à ce plan). Notons que les combinaisons de trois translations deux à deux mènent à trois rotations (chacune possède deux sens de parcours). Puisque deux translations définissent une rotation, et que nos directions sont perpendiculaires entre elles, l’axe de cette rotation est simplement la direction de la translation restante.

 

NB2 : la direction haut-bas est aussi appelée direction verticale, tandis que les deux autres directions s’inscrivent dans l’horizontal.

 

Trois directions et leurs combinaisons dans les mouvements de l’éveil

 

Les mouvements de l’éveil se focalisent sur l’éveil de la colonne vertébrale. En particulier, l’accent est mis sur la sensibilitation des différents étages de la colonne vertébrale et le contrôle des directions haut-bas/avant-arrière/gauche-droite. Ainsi :

  • le mouvement du pendule se compose d’une translation avant qui démarre au sacrum et se termine à la base du cou, puis d’une translation arrière qui va de la base du cou au sacrum. Cette translation avant-arrière se combine avec un mouvement ascendant puis descendant;

  • le mouvement de l’oiseau combine translations avant et bas (de la base du cou vers le sacrum), puis translations arrière et haut (le plan ainsi défini est le plan sagittal, qui divise le corps en partie gauche et droite), pour une rotation dans le plan sagittal;

  • le mouvement de la tortue correspond à la rotation en sens inverse du mouvement de l’oiseau ;

  • le mouvement du dragon combine translation droite et bas (de la base du cou vers le sacrum), puis translations gauche et haut (le plan ainsi défini est le plan frontal, qui divise le corps en partie avant et arrière), pour une rotation dans le plan frontal (que l’on parcourt dans les deux sens);

  • Le mouvement de l’ours combine les trois translations (et donc les trois rotations) avec un degré de complexité supplémentaire, puisque l ‘on décale les deux côtés gauche et droit. Le plan supplémentaire, défini par les deux directions horizontales, est le plan transversal, qui divise le corps en haut et bas.

 

Remarque 1 : la description des mouvements selon ces directions fondamentales est une simplification abusive. En fait, chaque articulation suit des déplacements plus complexes. Ce qui compte, c’est d’orienter globalement le mouvement comme si.

 

Remarque 2 : Notons que la tête (le sommet du crâne) est un point fixe dans le pendule, alors que c’est le bassin qui est un point fixe pour les autres mouvements. Pour le pendule, on ajoute assez rapidement une direction bas-haut, puis haut-bas (c’est pour cela que les bras sont entrainés vers le haut, puis vers le bas). Mais du fait que le bassin est relié au sol par les jambes, il n’y a pas de possibilité de combiner un mouvement continu et d’engendrer une rotation : on est obligé d’inverser le sens du mouvement, ce qui n’est pas le cas des mouvements suivants, où le bassin est (quasi)fixe.

 

Résumons

 

Malgré une simplicité initiale, la décomposition d’un geste selon des directions élémentaires devient vite un calvaire intellectuel ! Fort heureusement, le cerveau peut construire une représentation globale, une sensation qui va guider le geste. C’est plus simple, mais c’est personnel et délicat à bâtir.

 

Bref, la complexité gestuelle peut être décrite à partir de quelques directions de l’espace et d’une façon globale de contrôler le corps, que l’on retrouve dans la pratique de la posture de l’arbre. Tout ceci n’explique toutefois pas l’importance de la colonne vertébrale dans les mouvements de l’éveil. D’autant qu’au final la pratique conduit à associer tout le corps dans chaque geste.

 

Colonne vertébrale, équilibre et éveil

 

Revenons à la posture de l’arbre. Son intérêt repose sur la mise à nu de l’importance du redressement et de la régulation de l’équilibre. Or se tenir debout, c’est avant tout dresser la colonne vertébrale et orienter les membres selon les circonstances. En fait, les muscles responsables du maintien de l’équilibre sont avant tout ceux concernant la colonne vertébrale.

Effectuer un geste implique de déplacer une partie du corps et donc de modifier les conditions de l’équilibre. On affecte alors forcément les muscles proches de la colonne vertébrale. Les efforts que l’on exerce avec la main ont des répercussions jusqu’aux appuis des pieds. Le trajet des forces en jeu, d’une part traverse le corps, d’autre part influence l’équilibre des forces de gravité et de réaction. Or les muscles de maintien de l’équilibre sont en grande partie contrôlés de façon inconsciente. Il est donc difficile de les exercer directement.

 

Sauf si on imagine des exercices qui limitent les degrés de liberté des articulations autres que celles de la colonne vertébrale. Si en outre, on construit les exercices en fonction des directions fondamentales, il est possible de développer en même temps une sensation capable à terme de contrôler simplement la gestuelle la plus complexe. Le résultat est une nouvelle manière de bouger, obtenue en suivant une perception construite sur les bases du contrôle inconscient du corps. Au bout du compte, il s’agit bien d’un éveil : notre gestuelle repose souvent sur une utilisation excessive de nos membres, à partir d’un contrôle conscient. La mise à jour de l’importance du buste amène à la découverte d’un fonctionnement inconscient du corps.

 

NB : dans cette démarche, l’attention portée par le pratiquant aux exercices est primordiale. Il s’agit ni plus ni moins que de remettre en cause les schémas gestuels acquis depuis la naissance ! Et profondément ancrés on s’en doute. Seul un travail patient et humble est à même d’ouvrir ces portes. Cette démarche éclaire les principes de fonctionnement du corps et amène à repenser nos présupposés entre pensée, corps, action, émotion, etc. Toutefois la clé reste détenue par notre propre corps ! A moins qu’un jour l’éveil ne mène à l’illumination ! D’ici là, on aura, je l’espère, tiré bénéfice dans sa vie d’un fonctionnement corporel plus respectueux de notre biologie.

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