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Qi gong : la posture de l'arbre  (ritsu-zen)

La posture de l’arbre ou « ritzu zen » est la base d’un exercice difficile et d’abord pénible ! Prendre la posture n’est pas très compliqué : se tenir debout, plier un peu les genoux, lever les bras à hauteur des épaules ... et attendre.

 

Mais attendre quoi ? D’autant que les épaules tirent un peu et que le haut du dos se réveille vite, plutôt douloureusement, tandis que le temps passe ... lentement, trop lentement.

 

C’est pour lever, un peu, le voile sur cette pratique que je vous livre quelques réflexions, qui n’engagent que moi, et qui j’espère vous permettront de tirer bénéfice de cet exercice.


Racine et arbre, ou comment se tenir debout

 

 

« Ritzu zen » se compose des mots « ritzu » et « zen », que l’on pourrait traduire par racine et méditation. A rapprocher de « za zen » ou méditation assise. Ritzu zen implique donc un enracinement pour tenir debout ... comme un arbre. Tirer son énergie du sol, se dresser entre la terre et le ciel, déployer ses branches, laisser circuler les fluides en interne, autant d’aspects de l’exercice que l’arbre illustre. D’où cet autre nom.

Se tenir debout, c’est combattre l’effet de la gravité en prenant appui sur le sol. La gravité s’applique sur l’ensemble du corps. Il est équivalent d’imaginer tout le poids du corps concentré en un point, que l’on appelle centre de gravité. Ce point virtuel se situe un peu en-dessous du niveau du nombril (attention cette position du centre de gravité dépend de la posture adopté par le corps dans l’espace). Il est utile d’apprendre à le localiser pour faciliter les déplacements : penser à déplacer le centre de gravité est plus simple que penser à déplacer le corps entier, notamment quand les appuis changent (exemple du skieur dans la poudreuse).

Le corps exerce une force sur le sol par l’intermédiaire de la plante des pieds. Plus précisément, il s’agit d’une pression plus ou moins forte selon la surface de contact. Quand celle-ci se réduit, la pression est plus forte, et la réaction du sol plus localisée. Réaction est un terme de physique qui signifie seulement que le sol exerce une force en retour de celle qui s’exerce sur lui, pour aboutir à l’équilibre. Selon les propriétés du corps et du sol, une partie de l’énergie engagée dans le contact, est dissipée (absorbée) et le reste restituée. Si le sol est dur, il est ainsi plus facile de sentir ses appuis, comme sur un plancher.

Résumons : la gravité nous fait tomber vers le sol, qui nous supporte. Mais cela suffit-il pour tenir debout ?

 

Tenir debout sans penser

 

Le squelette constitue une charpente maintenue en place par les muscles grâce au contrôle permanent exercé par les centres moteurs du cerveau. Les différents os sont reliés les uns aux autres par des articulations. Il s’agit d’une mise en contact des surfaces osseuses (en réalité des tissus mous ou cartilages, séparés par un mince film d’un fluide visqueux, la synovie), dont la mobilité est limité par des ligaments, fixés de part et d’autre de l’articulation. Les muscles s’insèrent par leurs extrémités ou tendons à la surface des os.

Tout comme les ligaments, les muscles traversent l’articulation, mais ils ont la faculté de varier leur longueur (par une contraction plus ou moins forte de leurs faisceaux), en fonction du signal nerveux émis par le cerveau. De fait, ils exercent une force qui met en mouvement les os. Ou qui contrebalance la force de gravité à partir de la réaction du sol. L’équilibre de la posture debout est obtenu en maintenant les muscles sous tension permanente. Plus précisément, il s’agit de délivrer à chaque instant pour chaque muscle un ordre de contraction (ou d’absence de contraction) en accord avec le reste de l’édifice.

Le cerveau doit donc connaitre à la fois le degré de contraction de chaque muscle et les déplacements de chaque articulation, pour corriger en permanence l’équilibre dynamique du corps. C’est ce que réalise les neurones sensitifs et moteurs. Le nombre d’informations à traiter est considérable et les corrections à apporter également. De fait, deux procédés sont employés pour simplifier le travail du cerveau : d’une part les informations de détail sont regroupés en sensations plus générales et plus simples à traiter, d’autre part une partie du contrôle s’effectue de manière inconsciente. Notamment ce qui concerne l’équilibre (et nombre de régulations physiologiques telle que la ventilation). C’est ainsi que des séquences gestuelles sont exécutées de façon inconsciente en retour des informations sensorielles pour éviter la chute du corps.

 

Ce que révèle la posture de l’arbre

 

Maintenir l’immobilité est une tâche impossible pour le corps humain : il s’agit plutôt de corriger en permanence les mouvements des membres. La tâche est d’autant plus aisée que seuls les muscles pertinents sont mis sous tension et que le cerveau est dans un état d’attention relâchée. Autrement dit, les contractions inutiles des muscles perturbent le maintien de l’équilibre, tandis que les pensées conscientes mobilisent les ressources intellectuelles et interfèrent dans la régulation de l’équilibre.

La posture de l’arbre révèle tout d’abord les tensions musculaires excessives et l’état de pensée inattentif au corps. Lâcher prise signifie au premier chef découvrir l’état mental propice à une régulation efficace de l’équilibre. Cette première étape ouvre la sensibilité au corps et aux liens qui unissent angles des articulations, tension des muscles, contact avec le sol et gravité. Cette expérience acquise est ensuite exploitée pour explorer l’espace. Le terme d’expérience implique que chacun interprète à sa façon les données recueillies au cours de la pratique. En particulier, les sensations qui se développent acquièrent un sens opératoire très personnel. La capacité gestuelle repose donc sur une base d’interprétation subjective. C’est une perspective réjouissante de la liberté de chacun, mais aussi un risque d’illusion. C’est pourquoi une pratique raisonnable s’appuie sur des échanges avec partenaires, ceux-ci étant à même de signaler faiblesses et forces du travail réalisé.

 

En pratique

 

La séquence de travail comporte trois phases :

  1. prendre une posture correcte

  2. maintenir l’équilibre debout avec le minimum de muscles et de contraction musculaire

  3. à partir de cet état de relâchement, sensibiliser et exercer des chaines musculaires spécifiques (par exemple pour pousser vers l’avant, par exemple retrouver les mouvements de l’éveil et de la danse du ki)

 

Le but est d’apprendre à utiliser pour un geste donné la chaine musculaire la plus efficace, donc éviter les contractions parasites et contrôler l’amplitude et la durée des contractions musculaires.

 

Dans l’exercice de ritsu zen, le travail est surtout mental : on cherche à contracter avec l’amplitude minimale et avec le maximum de précision les muscles. De fait, le geste est quasiment immobile, mais engage tout le corps.

 

Au fur et à mesure de la pratique (un quart d’heure en continu est un minimum), d’autres sensations émergent.

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